On m'avait dit de ne pas m'inquiéter, d'éteindre la lumière et de pousser le volume à fond. Peu importait si j'avais ensuite la tête d'une fille droguée, peu importait si mes vertèbres se déboîtaient, puisqu'au final, j'aurais été mieux. On m'avait dit de stipuler sur ma porte l'interdiction d'entrer et de surtout, surtout, camoufler toute trace de vie. Ne pas parler, ne pas bouger, ne pas pleurer, silence intense. Il ne reste plus qu'à atteindre le satori. Mais savait-on ce que je cherchais, ce jour-là? A force de parler pour ne rien dire, essayer d'exprimer ce qui clochait, je les ai tous entraîné dans ce merdier profond qui consistait à vouloir me sortir de là. On m'avait dit que de toute façon, ça ne pouvait pas aller moins bien. J'avais peur, j'avais envie de disparaître, j'avais envie d'aller bien, et tout ce qu'ils savaient me dire, c'était que ça irait "mieux". Je voulais pas du mieux, je voulais tout, je voulais du bien, du parfait, un ciel sans nuages. Et même si c'était pas l'été, je voulais cette sensation de soleil sur ma peau qui me ferait tout oublier. Mais non. J'avais pas le droit à ça, j'avais pas été assez sage. J'avais le droit aux nuages gris que perce de temps en temps un rayon de soleil. Mais la beauté, et le soleil sur ma peau, je pouvais toujours en rêver. Pas question. Alors je me suis enfermée dans ma chambre, j'ai mis sur la platine une succession de disques plus déprimants les uns que les autres, j'ai enfoui mon visage dans mon oreiller, et j'ai pleuré, longtemps, en espérant que ça irait mieux. Je me faisais pas d'illusions. Et j'avais raison, puisque quand la pile de CD s'est épuisée, j'avais l'air encore plus pitoyable que prévu et j'ai fait peur à tout le monde.
A.C.